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Z.A.E des Gravilliers

Vue aérienne de la partie est du chantier. Les limons bruns marquent l’emplacement des vestiges mésolithiques. © Inrap

 

Prescrite par l’État (Drac Bourgogne-Franche-Comté), cette fouille du site « des Gravilliers », est réalisée dans le cadre de l’aménagement du parc d’activités économiques du Grand Pontarlier. En 2011, son diagnostic archéologique sur 21,5 hectares révélait un site d’habitat mérovingien et sa nécropole mais aussi une occupation mésolithique qui constitue désormais la plus ancienne présence humaine connue à Pontarlier.

Aujourd’hui, les archéologues de l’Inrap fouillent sur 8 hectares la quasi-intégralité de l’habitat mérovingien. L’emprise de la fouille offre ainsi, aux archéologues, une vision exhaustive de cet ensemble. De grands bâtiments à l’architecture jusqu’alors très peu documentée en France et une église en bois à plan basilical constituent à eux seuls une avancée majeure dans les connaissances du premier Moyen Âge. Mais le site de Pontarlier s’avère surtout le témoin d’enjeux géopolitiques liés à la conquête du royaume des Burgondes par les Francs.

La portée scientifique des recherches effectuées sur le site est considérable pour la compréhension de la dynamique de l'habitat rural médiéval et devrait constituer une référence pour l'Est de la Gaule.

Domaine complet révélé

Des traces de plusieurs grandes habitations, de 74 tombes ainsi que d'une église mais également de locaux abritant des animaux d'élevage, le tout fabriqué en bois ont été retrouvés sur les terrains de l'actuelle ZAE des Gravilliers.

Village de Pontarlier. Évocation du village mérovingien mis au jour à Pontarlier, à partir du plan de la fouille.
© François Gauchet, Inrap

La fondation du village a été établie à l’époque mérovingienne et son occupation se déploie sur moins de 200 ans durant les Ve et VIIe siècles. Le cœur du site couvre environ 1 hectare.
Deux aspects frappants de son plan sont l’organisation orthonormée et le resserrement des bâtiments principaux.  
Il contient une dizaine de grands bâtiments rectangulaires (200 - 300 m²). Ceux-ci sont soutenus par de puissants poteaux porteurs de près d’1 m de diamètre. Ces constructions ont en commun une nette séparation de l’espace, reflétant des usages très différents : une moitié est cloisonnée et portée par des nefs (sans doute l’espace d’habitation) ; l’autre, beaucoup plus dégagée, est probablement la zone de stabulation des bêtes. Jusqu’alors, ce type de plans ne se rencontrait qu’en Suisse alémanique et en Bavière. 

Église unique

L'église, située légèrement à l'écart du domaine, a été construite en bois, suivant un plan et une architecture de type basilical. Aucun autre exemple de ce genre n'est connu en France, ce qui en fait une des plus anciennes églises du massif du Jura à ce jour.
Il s’agit d’un édifice en bois d’environ 20 m de long pour 14 m de large dont le plan est de type basilical.
Cette église pourrait être un lieu de culte érigé par les propriétaires du village.
Quatre tombes, l’une située dans l’édifice même et les autres à proximité pourraient d’ailleurs appartenir aux membres de la famille fondatrice. Parallèlement, quelques 70 sépultures, disséminées au sein même du village, ont été fouillées.  
Ces trouvailles tendent à affirmer que les habitants de ce domaine étaient plutôt aisés, des bijoux, épées et objets de qualité ayant été extraits des sépultures présentes sur le site.

Évocation de l'église

Évocation de l’église mise au jour à Pontarlier
© François Gauchet, Inrap

L’église en cours de fouille

© Images Drone, Inrap

 

Décapage en cours de l’église

Les trous de poteau apparaissent comme des petits cercles sombres.
© Images Drone, Inrap

Vue de l’emplacement de l’église

© Alexis Baud, Inrap

 

Économie basée sur l’élevage

Également aux abords du village, une boucherie de plusieurs centaines de mètres carrés a été identifiée. La très grande quantité de restes osseux montre que cette activité était soutenue mais aussi que l’élevage constituait la base économique de l’habitat.
Des datations au carbone 14 montrent que cette activité est concomitante de l’occupation mérovingienne du VIIe siècle. Le bœuf domine au sein des milliers de restes osseux découverts, mais le cheval est également bien représenté.
L’histoire se répétant en forme de clin d’œil, il s’avère que l’actuel Abattoir du Haut-Doubs a été construit sur cette même zone...

Fouille de la zone de boucherie

Relevé dessin des éléments osseux
© Michiel Gazenbeek, Inrap

Fouille de la zone de boucherie

La faune est bien visible en premier plan
© Michiel Gazenbeek, Inrap

 

A retenir

Bien que les résultats des fouilles seront précisés lors de la phase d’étude en 2020-2021, les archéologues de l’Inrap ont d’ores-et-déjà tiré quelques conclusions sur ce domaine remarquable.

Ce site a été occupé pendant quelques générations, environ 150 à 200 ans. L’organisation de l’habitat témoigne d’une création rapide. Le village a été édifié à une faible distance du bourg de Pontarlier, à l’époque, lieu d’étape stratégique de la traversée du Jura sur la grande route reliant l’Italie et la Gaule du nord.

Si le statut des habitants est difficile à percevoir, leurs tombes, retrouvées dans le village, révèlent des individus porteurs d’épée et des cavaliers. La riche bijouterie féminine de certaines sépultures n’est pas sans rappeler celle de la nécropole de La Grande Oye à Doubs, dont l’impressionnant mobilier est exposé dans le Musée municipal de Pontarlier. Le site des Gravilliers correspondrait alors à un centre domanial plutôt qu’à un simple village de paysans.

Tombe avec femme parée d’une chainette, d’une fibule et d’une bague

© Michiel Gazenbeek, Inrap

Fibule à décor cloisonné et plaquée or

Dans une tombe féminine installée près de l’église
© Michiel Gazenbeek, Inrap

 

Boucle d’oreille plaquée or et perles en pâte de verre d’un collier

In situ dans une tombe féminine installée près de l’église
© Michiel Gazenbeek, Inrap

Sépulture en cours de fouille

© Michiel Gazenbeek, Inrap

 

Avec ses plans de maison inhabituels pour la région et son implantation rapide, ce village évoque une transplantation de population, pratique courante à l’époque pour consolider de nouvelles conquêtes. L’apparition de cet habitat est, en effet, plus ou moins contemporain de la conquête du royaume des Burgondes par les Francs en 534. Comme la nécropole de La Grande Oye créée ex-nihilo dans le courant du VIe siècle et abandonnée vers la fin du VIIe siècle, l’habitat « des Gravilliers » témoigne très probablement d’enjeux géopolitiques dont la mise sous contrôle par le royaume franc du grand axe de circulation reliant l’Italie à l’Europe du nord-ouest.  
 
L’abandon du site semble avoir été rapide mais ordonné. Aucune trace d’une destruction violente n’a été décelée. Les raisons envisagées sont le regroupement de la population dans le bourg de Pontarlier, des évolutions géopolitiques ou un changement du modèle économique de subsistance. 

Source Inrap

Aménagement : ZAE des Gravilliers, Communauté de Communes du Grand Pontarlier
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne-Franche-Comté)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Michiel Gazenbeek, Inrap

 

 Poursuivez votre découverte du site en visitant le site internet de l’Inrap

 

Tout savoir du développement économique de la ZAE des Gravilliers